Yao Venceslas Vito

Sujet : Variation et variante de conte dans Pourquoi le bouc sent mauvais et autres contes du Bénin de Raouf Mama.

Résumé

Le conte est un genre de la littérature orale par essence. Mais il se retrouve aussi sous la forme écrite et donc un genre de la littérature écrite par conséquent. A l’oral, un conte peut être dit de plusieurs manières, créant ainsi des versions. Son passage à l’écrit aussi admet des modifications. Des parties ou des éléments du conte se laissent facilement modifier. Ces modifications répondent à des besoins d’adaptation du conte à son époque ou à son public ou encore à des objectifs divers que le conteur veut atteindre.   La question du public appelle celle des sociétés de provenance et de destination du conte. Cela se constate avec le recueil Pourquoi le bouc sent mauvais et autres contes du Bénin du béninois Raouf Mama dont les contes, étant recueillis dans la société Fon du Bénin, sont exposés à un monde plus élargi. Or, ces contes existaient déjà au Bénin sous plusieurs formes. En les transcrivant, Raouf Mama ne peut rendre réellement compte que d’une seule version ou même, par le procédé d’écriture, en créer d’autres versions. Ces mêmes contes se retrouvent dans d’autres pays sous d’autres versions dont seule une comparaison ressort les convergences et divergences et prouve l’originalité.

Mots clés : conte, littérature orale, littérature écrite, versions, modifications, adaptation, convergences, divergences, originalité, Raouf Mama.

Abstract

As definition, a tale is a genre of oral literature. But sometimes, it appears in written form ; consequently is also a genre of written literature. Orally, a tale may be told in various ways; creating then some versions. Going from the orality to the written, a tale can undergo modifications. Some parts or elements of a tale are very easy to modify. Those modifications are important as for reasons of need of adaptation of the tale to its period or to its audience or to various objectives that the teller wants to achieve. The question of audience refers to societies to whom the tale is designed for. This can be illustrated by refering to the short story Pourquoi le bouc sent mauvais et autres contes du Bénin of the Beninese Raouf Mama, whose tales being designed for Fon society, are widely exposed. Let’s mention that those tales existed in Benin in other forms. By re-writing them, Raouf Mama comes across the fact that, from one version, or event through writing it’s possible to create other version. These same tales are also in other countries in other forms ; then, only a good comparison can draw out the common and different point and shows its originality.

Key words : tales, oral literature, written literature, modifications, comon and different point, originality, Raouf Mama

Présentation publique ou exposé doctoral

Monsieur le président du jury,

Messieurs les membres du jury,

Chers parents et amis,

Nous vous remercions de votre présence effective et du soutient que vous apportez à cette présentation de  mémoire de maîtrise.

Un sincère remerciement va à l’endroit du président du jury et des membres du jury qui ont consacré leur temps à l’évaluation et à l’appréciation de ce travail de recherche.

Le sujet de recherche sur lequel porte cette présentation en vue de l’obtention de la maîtrise ès Lettres Modernes s’intitule : « variation et variante de conte dans Pourquoi le bouc sent mauvais et autres contes du Bénin de Raouf Mama. »

Diverses raisons sous-tendent le choix d’un tel sujet. Il s’agit d’abord du constat de l’existence des contes en plusieurs versions à l’oral. En effet, les répétitions d’un même conte d’une bouche à une autre engendrent des versions, parfois même méconnaissables à l’égard du conte d’origine. Quand les écrivains décident de les fixer à l’écrit, ils y apportent toujours leur dose de fiction ou d’esthétique. Cela se constate chez Bernard Dadié dans le pagne noir, Jean Pliya dans la fille têtue, et chez Raouf Mama dans Pourquoi le bouc sent mauvais et autres contes du Bénin. Ensuite, ce phénomène n’a pas fait l’objet d’une étude pointue et sa récurrence dans l’œuvre de Raouf Mama qui s’inspire des contes fon de son Bénin natal ne serait un acte gratuit.

Pour comprendre le sujet, la clarification des concepts : variation, variante, conte, et la présentation de Pourquoi le bouc sent mauvais et autres contes du Bénin et son auteur s’avèrent nécessaires. En effet, la variation est, selon Le Robert, l’état de ce qui varie au cours d’une durée, la suite des changements qui affectent ce qui varie ou encore le passage d’un état à un autre. On y retient donc l’idée d’une transformation qui aboutit à un changement d’état.

La variante est, selon le dictionnaire historique et technique des littératures Larousse, un texte ou un fragment de texte qui diffère de celui qui est communément admis, du fait, soit de corrections volontaires d’un auteur, soit d’altérations dues à la copie ou à l’édition. C’est donc un texte qui diffère d’un autre avec lequel il garde quand même des points communs.

Ascension Bogniaho définit le conte comme : « un récit d’aventures imaginaires tissées autour de personnages divers mais souvent peu nombreux et dont le but est généralement didactique »[1].

Pourquoi le bouc sent mauvais et autres contes du Bénin est un recueil de vingt (20) contes, publié en 1998 et traduit en français en 2012 par Marie-Cécile Jossou de Benque d’Agut et Bénoit Ahle. La traduction est publiée aux éditions Kini-Kini avant d’être reprise en 2015 par LAHA-Editions. C’est un recueil organisé en quatre catégories : les deux premières comptent six contes chacune et les deux dernières, quatre contes chacune. On y rencontre plusieurs intentions dont celle didactique, philosophique, explicatif, poétique, comique, etc.

Raouf Mama, son auteur, est un conteur multilingue de renommée internationale. Né en 1956, il fit  ses études primaires et secondaires à Allada, Porto-Novo et Parakou et a obtenu sa maîtrise en études américaines et son CAPES à l’ENS de Porto-Novo en 1981. Il a enseigné l’Anglais à Cotonou avant de partir pour ses études doctorales à l’Université de Michigan aux Etats-Unis où il vit actuellement en tant que professeur d’Anglais à l’Université d’Etat de Eastern Conecticut.

 Il ressort de ces clarifications que ce travail de recherche se propose d’expliciter les transformations que subissent les récits d’aventures imaginaires pour exister en plusieurs versions ou variantes, en se basant sur le recueil d’un auteur béninois vivant à l’étranger.

De cette clarification, se dégage une problématique :

– Qu’est ce qui fait la différence entre les versions ou variantes d’un même conte ?

– Les versions et les variantes d’un même conte ont-elle une originalité ?

– Pourquoi les contes subissent-ils des modifications ?

Des objectifs sont fixés et des hypothèses sont formulées pour répondre à ces questions. Le travail de recherche qui naît ainsi, vise à expliquer les modifications que l’on apporte au conte pour en écrire une version ou variante. Cet objectif général s’accompagne des objectifs spécifiques :

–       collecter au Bénin, en Afrique et hors du continent des contes oraux et écrits ayant des points communs avec ceux de pourquoi le bouc sent mauvais….

–       Comparer les versions et variantes obtenues, à l’oral et à l’écrit,

–       Etudier l’originalité des versions et variantes et,

–       Dégager les raisons qui justifient les variations

L’hypothèse de base de ce travail est que la variation des contes a des fondements. Elle est accompagnée d’hypothèses spécifiques qui sont :

–       Il existe des versions et variantes de contes de pourquoi le bouc sent mauvais… dans la tradition béninoise et ailleurs ;

–       Les variantes d’un même contes ont originales et méritent le même intérêt que le récit originel

–       Les contes subissent des modifications particulières pour exister en plusieurs versions

–       Il y a des raisons qui justifient l’existence des contes en plusieurs aspects.

Pour résoudre le problème et vérifier ces hypothèses, ce travail de recherche se structure en quatre chapitres. Le premier permet de donner un sens à l’étude en définissant les termes clés du sujet et en remontant aux travaux et théories sur le conte. Le deuxième présente Raouf Mama et son œuvre Pourquoi le bouc sent mauvais…,quelques variantes orales et scripturales des contes de ce recueil et établit les règles de la codification utilisée pour désigner les variantes auxquelles l’étude fait référence.

Le troisième chapitre fait une étude comparative des variantes et versions du corpus pour en ressortir les fondements esthétiques des variations et l’originalité

des variantes. Enfin, le quatrième chapitre identifie les causes qui sous-tendent ces variations.

L’appareillage méthodologique qui a guidé l’ensemble de ces réflexions est constitué entre autre, de la méthode expérimentale, la sociocritique, la narratologie, la stylistique, le formalisme.

Le développement des chapitres a abouti à des résultats. Le premier est l’ensemble  des variantes orales et scripturales des contes du recueil objet de l’étude.

En effet, en utilisant la méthode expérimentale, il est recueilli plusieurs variantes et versions des contes de  pourquoi le bouc sent mauvais…, parmi lesquelles la narratologie et la critique thématique, ont permis  la sélection de celle du corpus. La comparaison des versions du point de vue du formalisme, montre qu’à l’oral, les variations touchent à la typologie du conte, à sa structure et aux personnages ainsi que leurs rôles. Le plus souvent, il s’agit de différentes situations initiales, des mêmes éléments perturbateurs, des mêmes actions accomplies de différentes manières par des personnages différents d’appellations mais ayant des caractéristiques communes.

A l’écrit, les variations s’observent à deux niveaux. Dans un même espace de création, il se dégage que les mêmes acquis sociaux, les mêmes habitudes, les mêmes interdictions constituent les ressemblances entre les variantes. Les transformations sont celles observées à l’oral. D’un espace culturel à un autre, la sociolinguistique et surtout la sociocritique ont permis de dégager une diversité des interdictions et des acquis sociaux. Les objets renvoient à leurs milieux ainsi que les noms et les habitudes. On observe aussi à ce niveau la variation du cadre de l’action, de la période, de la langue, des moyens de déplacement et de chasse, des activités professionnelles des personnages, de la faune, des divinités, des chants, des objets…. Notons que les comparaisons à ce niveau sont parfois passées par l’explication de texte.

L’originalité des variantes ainsi créées se trouve liée à certains faits d’intertextualité. En effet, les contes se parodient, se pastichent, s’imitent et s’adaptent à leurs cultures (d’origine ou de destination). Pour cela, les griots et les auteurs procèdent à des intensifications de certaines actions, à leur affaiblissement ou les substituent à d’autres. Par ailleurs, la différence des intentions des conteurs est une base pour l’originalité du récit. L’intention première ou de base que le conteur peut viser est celle didactique. Elle lui permet d’enseigner à travers l’art de conter, la morale, la philosophie ou des connaissances de base. La seconde intention que le conteur vise est la poétique. A ce niveau, il peut choisir le pathétisme, la satire ou le lyrisme. Le style fait lui aussi la particularité des variantes et par conséquent leur originalité. En ce qui concerne les causes de la variation, elles sont d’ordre socio-culturel et artistique.

Sur le plan socio-culturel, le cadre spacio-temporel, le contenu et son public et l’étuducation des enfants, constituent des bases de la variation des contes. Sur le plan artistique, la musique, la littérature, le théâtre, les arts plastiques et le cinéma, contribuent à la variation des contes.

Monsieur le Président du Jury,

Messieurs les membres du Jury,

Ce sont là les résultats auxquels est parvenue la présente recherche. Nous passons à présent à une confrontation des résultats avec les hypothèses et objectifs.

Le choix des contes du corpus est lié à leurs rapports avec ceux de  pourquoi le bouc sent mauvais…, dont l’auteur transforme des contes de son bénin natal afin de les exposer au monde. Ces contes ont aussi subit des modifications particulières liées à leurs typologies, leurs structures, leurs personnages et les actions de ces derniers. A l’égard des contes originels, ces variantes sont originales du point de vue des intentions de l’auteur et des transformations qu’elles ont subies. Mais pour apporter ces transformations, Raouf Mama s’est trouvé dans l’obligation d’adapter ses récits à leur époque, leur espace de destination visé qui est le monde entier, leur nouveau public qui rassemble tous les lecteurs possibles de son œuvre. Aussi, il leur a apporté sa dose de fiction et d’esthétique inscrivant l’œuvre dans le domaine de la littérature.

En général, ce travail a permis de découvrir les raisons pour lesquelles les contes varient, les éléments de ressemblance et de dissemblance des variantes. Par le travail de la variation, Raouf souhaite devenir universel.

Monsieur le Président du Jury,

Messieurs les membres du Jury,

Ce travail ne se prétend pas être parfait. Il comporterait des insuffisances. Il est donc disposé à toute critique, toute suggestion et recommandations de votre part pour son amélioration.

Monsieur le Président du Jury,

Messieurs les membres du Jury,

Tout en reconnaissant votre aimable attention, nous vous remercions infiniment.

Merci.


[1] Ascension Bogniaho, « Littérature et développement », in Littératures Arts et Sociétés, Textes présentés par Adrien Huannou, Cotonou, Editions du Flamboyant, p.23.