Gildas Paul TOGNI

Sujet: Le fonctionnement de la satire dans le slam de sergent Markus et de Kmal Radji.

Résumé

Poésie moderne des villes et des jeunes ayant ras-le-bol de l’opulence orgueilleuse des nantis, des guerres injustes, de l’asservissement des pays pauvres par les superpuissances, le slam envahit le monde moderne. Né aux USA et adopté rapidement par les pays européens, il fait son apparition en Afrique, en Côte d’Ivoire, et s’étend au Bénin. Sergent Markus et Radji Kmal en sont des producteurs nationaux. L’examen des thématiques qu’ils abordent révèle des sujets sensibles d’actualité tels que l’arrivisme de la plupart des dirigeants africains (fantoches, véritables laquais des puissances occidentales), la désillusion des indépendances nationales africaines, le refus de la mauvaise image de l’Afrique que forgent et renvoient les écrans occidentaux, l’accusation du néocolonialisme, véritable fléau ayant troublé le bonheur de l’homme noir, tué et ses ambitions et ses rêves. L’ensemble est passé aux cribles d’une critique sans complaisance. La dérision, la comparaison, la métaphore et beaucoup d’autres figures de style et de construction aident à bâtir cette satire.

 Mots clés : Fonctionnement – Satire – Slam

   Abstract

Modern poetry of cities and people generally sick and tired of conceited affluence-of: well-off, unfair wars, enslavement of poor countries by the superpowers, slam invades the modern world. Born in USA and quickly adopted by Europeen countries, it appears in Africa, in Ivory-Coast, and in Benin. Sergent Markus and Radji Kmal are known to be the national producers. The study of themes they use reveals some sensitive subjects if tropical issue such as: pushiness of most of African countries rulers (puppets, true foot man of western powers), disappointment of national independence, refusal of the bead image of Africa being forged and sent back the western screens, indictment of neocolonialism, true phenomena that clouds the happiness of the black man, killed with his ambitions and dreams, derision, humour, comparison, metaphor, and many other figure of speech and construction helping to build that satire.

 Key words: Functioning-satire-slam

.Présentation publique ou exposé doctoral

Monsieur le président du jury,

Messieurs les membres du jury,

Nous nous permettons à l’entrée de cet exposé, de vous saluer respectueusement et de vous remercier. Nous le faisons d’autant que vous avez accepté de nous faire l’honneur de consacrer votre précieux temps à l’examen et à l’appréciation de notre travail de recherche.

Cette recherche en vue de l’obtention du diplôme de maitrise ès Lettres Modernes porte sur le sujet intitulé : Le fonctionnement de la satire dans le slam de sergent Markus et de Kmal Radji.

Plusieurs raisons sous-tendent le choix d’un tel sujet :

Au cours de notre formation, nous avons été intéressé dans le cours de la littérature orale par la recherche dans ce domaine. C’est ainsi que nous avons décidé d’orienter notre recherche vers la poésie contemporaine : le slam. Ayant constaté la part belle réservée à la dénonciation, l’accusation dans cette poésie, la recherche a voulu découvrir le fonctionnement de la satire dans le slam. Pour circonscrire le champ du travail, le choix de slameurs s’était  imposé et deux icones de l’univers du slam béninois ont été choisis : Sergent Markus et Kmal Radji.

Ce sujet renferme certains mots clés dont la définition nous semble nécessaire à la réussite de l’étude. Il s’agit de : fonctionnement, satire et slam.

En effet, le mot fonctionnement est défini par le dictionnaire Le Littré comme « l’action d’une machine, la manière dont elle fonctionne. » Pour le dictionnaire électronique de français Windows / IPhone, le concept désigne la manière dont un système mécanique est composé, le processus qui fait aboutir à un but. Cela dit dans le cadre de ce travail, le fonctionnement est le mode opératoire, tout le processus, le mécanisme par lequel la satire se met en œuvre et accomplit sa fonction dans le slam des deux auteurs. Quant au lexème  satire, Henri Bénac le définit comme « un genre qui attaque les défauts littéraires, moraux, politiques ou des individus »[1]. D’autres auteurs s’emploieront à ne plus enfermer la satire dans un genre en proposant des acceptions plus ouvertes. S’inscrivant dans cette perspective, Michèle Aquien affirme :

« […]. Elle peut se présenter comme un mélange de prose et de vers. Soit comme une pièce de vers plus ou moins longue, dans laquelle la critique, qu’elle soit morale, religieuse, politique, littéraire ou personnelle est toujours présente. »[2]

La critique est donc l’essence même de la satire ; elle en est la sève. Et la conception de Jean Suberville ne s’en éloigne guère lorsqu’il estime : « Elle est aussi, elle est surtout la peinture de la vie humaine dont elle fait éclater les ridicules et les vices »[3].Quelle que soit la forme qu’elle emprunte, la satire est toujours, en effet, le texte orienté, engagé, contestataire, censeur. Ses cibles sont multiples : une personnalité politique, une pratique religieuse, une injustice sociale et autres.

Enfin, le dernier mot clé à clarifier est ‘’slam’’. Du point de vue étymologique, le slam vient de l’argot américain « slam » (claque, impact) comme  dans ‘’to slam a door’’ (faire claquer une porte). Les auteurs de Larousse 2012 le définissent comme une poésie urbaine déclamée dans un lieu public sur un rythme scandé. Le même lexème est défini dans le dictionnaire les mots de notre temps comme « une forme de poésie orale apparue dans les années 1980 à Chicago qui consiste à déclamer a capella et avec une scansion soutenue des textes. ».Mais comment les praticiens béninois conçoivent-ils le slam ? Le bal est ouvert par l’auteur de Slamodrome, Armand Adjagbo. Pour ce slameur, le slam est « l’arme des âmes en effervescence qui s’alarment. C’est un canal d’expression des tourbillons intérieurs avec un martellement cadencé des vocables susceptibles de mettre en transe et le slameur et son auditoire. » Quant à l’auteur de Mots pour Maux, Sergent Markus, le slam est « une forme d’expression poétique qui fait rupture avec la poésie classique contenue dans les livres et maintenue dans des codes difficiles d’accès ». Enfin, KmalRadji, auteur d’Aube Nouvelle, conçoit le slam comme une « poésie moderne urbaine. Il s’agit de prendre la parole et de dire librement les choses telles qu’on pense. C’est faire de la poésie sans respecter forcément les normes préétablies par les occidentaux ».

De ce tour d’horizon, nous retenons que tout effort de définition est forcément réducteur. Cependant pour les besoins de l’étude, nous pouvons essayer de définir le slam comme une forme de poésie moderne et urbaine permettant aux auteurs d’exprimer la violence urbaine et la révolte des sans voix : un exutoire. Signalons que par synecdoque, le slam est utilisé dans ce travail pour désigner le texte écrit pour être déclamé. Une conception qui permet d’épouser le point de vue des auteurs qui parlent de recueil de slams.

On peut dégager de ce cheminement explicatif un sens de l’objet de préoccupation de recherche. Etudier donc le fonctionnement de la satire dans le slam de Sergent Markus et Kmal Radji, revient à étudier l’organisation de la peinture des vices et des ridicules dans leurs textes déclamés sur scènes, leur poésie simplement. Puisque ces vices et travers de l’époque et des couches sociales constituent le noyau de la critique, la satire emprunte un langage pluriel. D’où l’organisation prend en compte les aspects thématiques, structurels et syntaxiques.

Ainsi, nous, sommes-nous posé plusieurs questions :

-quelle est l’organisation de la critique dans la poésie de Kmal et de Markus ?

Cette grande question est déclinée en de petites questions :

-Les slams de Markus et Kmal sont-ils critiques ?

-quels sont les intrants des slams du corpus ?

-quelles sont  les marques de chacun des slameurs ?

Pour répondre à ces questions, il importe d’énoncer les objectifs et les hypothèses de la recherche. En effet, le présent travail vise à montrer le fonctionnement de la satire dans les slams de Markus et de Kmal. Il s’agit spécifiquement de démontrer d’abord de démontrer que les slams du corpus critiquent les déséquilibres et autres faits avilissant l’homme et entravant son plein épanouissement. Ensuite, analyser l’esthétique textuelle de ces slams. Enfin, découvrir les marques de chaque poète.

Les objectifs ci-dessus précisés contraignent à formuler des hypothèses dont la principale est : Sergent Markus et Kmal Radji bâtissent, dans un moule bien sculpté, leurs discours satiriques. Spécifiquement, il est loisible d’affirmer que les slams du  corpus permettent à leurs auteurs de poser un regard critique sur les anomalies sociopolitiques et religieuses des sociétés. Aussi, un certain plaisir esthétique se fait-il vivre à l’écoute de ces slams. Enfin, quelques traits singularisent les deux slameurs satiristes.

Pour rester fidèle à la ligne directrice tracée par la problématique, les objectifs et les hypothèses, l’ossature de la démonstration connaît quatre chapitres. Au premier se trouve la clarification du sujet et quelques caractéristiques du slam. Le deuxième chapitre s’intéresse à la vie et l’œuvre  des auteurs, suivie d’une brève théorie du corpus. Le troisième met en relief les aspects thématiques caractéristiques de la production satirique des deux slameurs. Le dernier chapitre analyse les procédés d’élaboration du slam satirique chez les deux auteurs et en évalue les particularités relatives à chaque slameur.

Plusieurs méthodes sont convoquées dans l’étude. La sociocritique permet d’étudier les stratifications sociales manifestes comme latentes inscrites dans les différents slams. La stylistique, quant à elle, nous permet de découvrir les empreintes formelles singulières à chaque poète. La démonstration est aussi investie de la critique thématique pour mettre en évidence les thèmes abordés par les créateurs.

A quoi sommes-nous parvenu avec ce plan et cette méthodologie ?

Le développement des différents chapitres a conduit à des prémices de résultat, puis à des résultats approfondis. De Ces premiers résultats, on retient   quelques caractéristiques du slam : son oscillation entre l’écriture et l’oralité d’une part et le militantisme des slameurs d’autre, d’autre part. Ces mêmes résultats ont permis de découvrir la production et la publication des deux auteurs. On peut donc mettre à l’actif de Kmal, dix slams publiés sur l’album Aube Nouvelle et deux autres slams publiés en ligne. Quant à Markus, sur son unique album Mots pour Maux, on compte douze slams alors qu’en ligne, il en a publiés trois. Bien que ces albums  existent, il a fallu au chercheur des échanges téléphoniques et quelques descentes pour les avoir. Par ailleurs, le critère essentiel fondant le choix des slams du corpus est l’esprit satirique, c’est-à-dire la verve accusatrice. Sont donc retenus treize slams où souffle l’esprit d’accusation et de dénonciation. Passé ce critère, il y a la dimension réflexive relative à l’écriture et à la musicalité.

Quant aux résultats approfondis, ils se présentent comme suit :

-les slams de Markus et de Kmal retenus dans le corpus sont satiriques.  .Ces slameurs dénoncent et accusent – avec une pointe très acerbe ; les auteurs fustigent les différents maux dont souffrent sans répit les peuples. Pour être exhaustif, on peut citer La dictature, la corruption, l’enfance malheureuse, la misère sociale, l’intolérance religieuse. Rien n’échappe donc aux flèches des satiristes ; de la politique à la religion en passant par le social, le poète satiriste mord dans tous les sens pour lever le deuil.

Par ailleurs, les slams abritant cette riche et variée thématique sont élaborés à partir des faits historiques et d’actualité. Le slam satirique se nourrit du réel, de la vie : il est une pure poésie réaliste. De plus, leurs discours satiriques gagnent en expressivité à partir des figures de rhétorique telles l’anaphore, l’interrogation, l’apostrophe, l’exclamation, etc. Ces figures rhétoriques interpellent par la force et la justesse de leurs effets ; l’auditeur devient vraiment un coopérant, un récepteur actif à même de porter le plus loin possible les résonnances reçues. Bien d’autres moyens expressifs sont déployés dans l’élaboration du slam satirique. Il s’agit de l’intertextualité, le bilinguisme, le parler-jeune.

Enfin, des divergences ont été décelées entre les deux slameurs. A la loupe de la comparaison, il ressort en effet que Markus utilise un lexique plus soutenu que celui de Kmal. L’autre différenciateur formel est la typographie. Kmal fait uniquement des slams en vers, alors que Markus fait de la prose cadencée et de la versification. Enfin, le bilinguisme et  l’intertextualité sont deux autres traits caractéristiques du slam de Kmal.

Monsieur le président du jury,

Messieurs les membres du jury,

Ces résultats auxquels le travail est parvenu permettent de dire que la satire fonctionne dans le slam de Sergent Markus et Kmal Radji à travers plusieurs paramètres :la thématique, la structure, la syntaxe et le déploiement de certaines figures de style imprimant et renforçant les accusations et dénonciations. Cela requiert une écoute participative de la part du slamophile. Certains de ces paramètres rendent des fois la satire directe puisque les slameurs nomment les responsables des dysfonctionnements dénoncés.

Ce travail a permis de découvrir que les textes de Sergent Markus et de Kmal Radji revêtent un caractère littéraire. Dès lors, on peut espérer qu’un jour, ces textes, à l’instar de ceux de Jean Pliya, Ousmane Sembène, Sophie Adonon, d’Aimé Césaire seront proposés en étude aux apprenants dans les collèges et universités.

Enfin, tout en étant bien conscient des limites de ce travail, on peut espérer qu’il contribuera à mieux faire connaitre le slam et les deux auteurs étudiés d’une part. D’autre part, cette étude constitue, dans une modestie absolue, une petite balise pour d’autres recherches liées au slam.

La réalisation de ce travail n’a pas été sans difficulté. Nous nous souvenons surtout de celles rencontrées dans l’acquisition de l’album de Kmal. Egalement, les détails relatifs à la biographie de ce dernier ont été difficilement obtenus.

Monsieur le président du jury,

Messieurs les membres du jury,

Nous ne prétendons pas avoir fait un travail exempt de reproches tant sur la forme que sur le fond. Notre travail comporte certainement des insuffisances. Pour cela, nous sommes entièrement ouvert à tout ce que vous avez de plus exigeant  et de plus précieux en matière de critiques, de suggestions et recommandations. Notre but est d’améliorer ce travail et de le rendre digne de vous qui incarnez un parcours professionnel si riche et une rigueur formatrice légendaire.

Monsieur le président du jury,

Messieurs les membres du jury,

Tout en vous remerciant de votre bienveillante attention, nous vous renouvelons notre gratitude infinie.


[1]Henri Bénac, Guide des Idées Littéraires, Paris CEDEX, Hachette Livre 1988, 452p.

[2]Michèle Aquien, Dictionnaire de poétique, Paris édition Le livre de poche, 1993, p261.

[3]Jean Suberville, Théorie de l’Art et des Genres Littéraires, édité par l’Ecole, 1959, p314.