Termes de références du laboratoire de recherches et d’études en traditions orales

L’université d’Abomey-Calavi (UAC) est située au Bénin, dans la commune du même nom. Elle comporte plusieurs facultés, instituts et écoles dont la Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines (FLASH). La faculté renferme à son tour douze départements dont celui des Lettres Modernes (DLM). Celui-ci forme essentiellement les apprenants en littérature pour servir dans l’enseignement secondaire, dans le journalisme et dans les industries culturelles.

Les études au Département des lettres Modernes (DLM) empruntent cinq axes fondamentaux dont principalement les théories littéraires, la linguistique, les littératures francophones et autres. Ce programme ambitionne de donner à l’apprenant des connaissances fondamentales et, subséquemment, la culture générale en littérature.

Sur l’axe des littératures, on note la présence, aux côtés des littératures françaises et latine, la littérature africaine dans son double volet écrit et oral. Ainsi la littérature orale africaine est-elle traitée en parité avec la littérature écrite. Or elle est une émanation de la tradition orale que très peu de personnes maîtrisent, même parmi les enseignants de la matière, censés la posséder correctement. Il en résulte que les objectifs assignés à cet enseignement, qui sont le ressourcement et l’ancrage des jeunes générations issues des villes et des campagnes envahies par un intellectualisme rampant, sont manqués.

D’un autre point de vue, la mutation des préoccupations vitales vers la possession accumulée et le matériel clinquant éloignent ceux qui habitent encore les pays profonds d’Afrique de leur culture pour n’en laisser subsister qu’un vernis, un appendice, des reliques indignes de respect tant ils altèrent l’humain originel et révoltent. Si le but de la globalisation et de la mondialisation est d’imposer à la planète, par un battage médiatique savamment orchestré, quelques produits culturels créés au Nord et essentiellement aux USA, des peuples ayant perdu une partie de leurs origines n’en deviendront plus que de simples consommateurs, des matériels humains à la traîne des autres, oublieux de leurs civilisations et, par ricochets, sans emprise aucune tant sur leur présent que sur leur avenir attendu qu’ils ont perdu leur passé.

Néanmoins, le caractère cyclique d’une certaine histoire pousse à l’optimisme de sorte que l’on est en devoir de sauver ce passé en perdition, en espérant qu’un jour, l’homme en proie au désarroi du modernisme, y reviendra inéluctablement pour se réajuster et secouer le joug inique de l’uniformité ainsi que celui de la domination culturelle en vue de l’émergence et de la reconnaissance des différences.

Le LABRETO, le Laboratoire Béninois de Recherches et d’Etudes en Traditions Orales, est un instrument de collectes, de fixation sur divers supports (papier, bande magnétique, CD-Room, clef USB, etc.) de tous les éléments culturels des peuples de la République du Bénin d’abord, de la sous-région ouest-africaine ensuite, et enfin, dans  la mesure du possible, d’autres contrées du continent noir. Qui dit culture, dit d’abord civilisation, un ensemble d’us, de coutumes, d’habitudes, d’institutions, propres à une population ou un peuple vivant sur un territoire marqué par un climat et une histoire, et possédant une langue. La civilisation renferme des domaines eux-mêmes divisés en secteurs par lesquels elle prépare l’homme à être un spécimen de son cru ; on peut citer les domaines politique, économique, social, artistique, juridique, etc. Elle est une donnée brute, sauvage : la culture vient la policer, la styler. La culture, pour sa part,  se laisse percevoir comme toutes les transformations que l’individu apporte à sa civilisation pour la rendre supportable. Ainsi, dans le domaine artistique, la culture introduit dans la civilisation les loisirs et parmi ceux-ci, se trouve en bonne place la littérature. Mais plus qu’un loisir, la littérature est une expression de la civilisation, elle l’est par son caractère pluridisciplinaire. Dès lors, le LABRETO estime qu’en faisant étudier les littératures endogènes, elle parviendra à étudier et révéler les populations béninoises.

Le LABRETO veut donc collecter, transcrire, traduire, commenter et fixer, sur tous les supports à sa disposition, les littératures des traditions orales béninoises et africaines, dans leur progression axiale à travers les temps et les avatars de l’histoire vers les générations successives jusqu’à celles contemporaines. Ce travail de révélation des éléments culturels aide à leur compréhension ; aussi, est-il obligatoire que le laboratoire procède à leur transcription et leur traduction ; il y ajoute des commentaires éclairants. Pour réaliser tout cela, le laboratoire est pluridisciplinaire. Il accepte dans son équipe des littéraires, des linguistiques, des sociologues et anthropologues, des psychologues, etc.  A défaut de rassembler toutes ces compétences, il peut faire appel, de façon ponctuelle, à leurs expertises.  

Les travaux réalisés au laboratoire peuvent être diffusés par tous les moyens y compris ceux des relations internationales, à la faveur d’une coopération responsable ou sur un site web.

Objectifs

Objectif général

  • Etudier les réalités de civilisation et culturels du Bénin et d’Afrique

 Objectifs spécifiques

  • Collecter les réalités culturels et de civilisation du Bénin et d’Afrique,

  • Les transcrire,

  • Les traduire en plusieurs langues étrangères,

  • Les commenter,

  • Les étudier aux niveaux sociologique, anthropologique, linguistique, religieux, littéraire, psychologique.

  • Les fixer par la numérisation,

  • Les diffuser par des fascicules, des mémoires, des thèses, des anthologies, des monographies, etc.

  • Faire préparer à des chercheurs intéressés des travaux universitaires, mémoires, thèses, etc.

  • Réaliser des commandes pour les collectivités locales, l’état, des individus.

En dehors de ces objectifs, le laboratoire attend les résultats suivants :

  • Livrer sur le terrain et sur le marché de l’emploi des chercheurs en lettres, en sciences humaines capables de devenir, après un stage de courte durée, des agents d’une industrie culturelle ou des conseillers en cultutre,

  • Collaborer activement à la réalisation de guides touristiques en indiquant les manifestations culturelles épisodiques d’attraits indiscutables pour les visiteurs de notre pays,

  • Révéler ou exhumer des manifestations culturelles saisonnières afin d’enrichir la connaissance du patrimoine culturel actif et démultiplier l’intérêt touristique local et étranger,

  • Aider autant que faire se peut à verser ces réalités dans le patrimoine mondial,

  • Permettre d’amorcer le dialogue nécessaire entre l’université et son milieu en vue de la lutte commune contre l’ignorance, l’obscurantisme, le régionalisme ambiant et rampant pour l’avènement d’un monde de connaissance de soi, du monde, et de compréhension mutuelle, facteur de cohésion sociale, de paix et de développement.

Calavi, le 28 mai 2005

Professeur Ascension BOGNIAHO

Les activités du laboratoire

 Labreto est le fruit de la coopération interuniversitaire financée par la France.  Elle a lié les universités de Bourgogne en France et d’Abomey-Calavi au Bénin, à travers leurs deux  facultés de lettres. Cette convention regroupait essentiellement trois domaines : la climatologie, la géologie, les lettres et la philosophie. Gérée par des représentants de chaque secteur de recherche, son fonctionnement était technique, convivial, amical et fluide. Les partenaires gestionnaires en étaient : du côté de la Bourgogne : le professeur Jocelyne Pérard pour la climatologie, le professeur Maryvonne Perrot, pour les lettres et la philosophie, le professeur Lang pour la géologie ; leurs correspondants béninois étaient : le professeur Michel Boko, le professeur Ascension Bogniaho et le professeur Lucien Marc Oyédé. Leur engagement responsable a permis de créer le laboratoire de climatologie, celui de la géologie et le Laboratoire Béninois de Recherches et d’Etudes en Traditions Orales (LABRETO).
Le secteur des Lettres et philosophie fonctionnait déjà sous le doyen honoraire de l’ancienne Faculté des Lettres, Arts et Sciences humaines (FLASH), le professeur Albert J. Nouhouayi,  avant l’accession du professeur Ascension Bogniaho au même poste, en 1998. Dès l’année 1997, le professeur Albert J. Nouhouayi entamait son propre remplacement en invitant le professeur Bogniaho à le seconder dans la gestion de la convention. Ainsi, à l’année de l’élection de l’adjoint au poste de doyen, le professeur A. Nouhouayi lui laissa la main. Et la convention de prendre un envol, un tournant bénéfique pour les deux partenaires.
En effet, diverses actions ont été menées, les unes tournées vers la formation et la recherche, les autres centrées autour de l’acquisition et de la dotation en matériels didactiques et de recherche. La création des laboratoires relève de ce dernier volet. De fait, ils ont été créés, dotés d’un

équipement sommaire de base, à charge pour les départements partenaires locaux d’en achever l’équipement et de veiller à leur fonctionnement. Le volet de la formation et de la recherche a prospecté, identifié  et obtenu des bourses pour la formation de quelques assistants-stagiaires en géographie, en philosophie et en lettres notamment. Ces allocations aux études ont permis de relever le niveau des récipiendaires. Cela a donné un spécialiste en ancien français du niveau de la maîtrise, des docteurs en géographie, deux docteurs en philosophie, un béninois et une dijonnaise, deux titulaires de DEA en grammaire, un docteur en grammaire.  Des années 2000 à 2006, les restrictions budgétaires opérées par la France ont singulièrement baissé le niveau des activités jusqu’à leur extinction.

Dès sa création, le LABRETO s’est investi dans la recherche et dans la formation. Comme sa vocation est de faire étudier les manifestations culturelles et civilisationnelles du Béni et d’Afrique, il se consacre à l’étude des littératures des traditions orales du Bénin et d’Afrique. Dès lors, beaucoup de mémoires de maîtrise et de DEA y ont été préparés et soutenus. Deux thèses en sont également sorties.

Aujourd’hui, il abrite une trentaine de jeunes chercheurs ; ils travaillent pour la plupart sur un aspect de la littérature orale. Sept d’entre eux se préparent activement à soutenir les résultats de leurs travaux à partir du lundi 9 octobre 2017.

La formation et la recherche au LABRETO (2005-2006)

Dès sa création, le laboratoire avait une équipe permanente de trois personnes : le responsable, le professeur Ascension Bogniaho, le responsable-adjoint, le professeur Gervais Kissèzounon et une assistante, mademoiselle Caroline Fivodé Azonyiadja. Il s’est attaché la collaboration d’un linguiste, le professeur Médard Dominique Bada ; mais il peut faire appel ponctuellement à tout autre chercheur dont l’expertise est avérée pour l’aider à faire une recherche de pointe. Une telle flexibilité a permis de gagner deux commandes et de les exécuter : une pour le musée de l’homme de Dijon en France par le biais du Centre Bachelard pilotée par feue Maryvonne Perrot, une autre pour le compte de l’université d’Abomey-Calavi sur le fonds alloué à la recherche.

Le premier travail portait sur une anthologie physique et sonore des chants funèbres et des chansons funéraires du Sud-Bénin ; il a été réalisé et livré entièrement. Le second a travaillé sur la mort et sa conception dans le même espace. Il est loisible de consulter ces documents sur le site dans les catégories et rubriques idoines.

De plus, le laboratoire a accueilli et aidé aux recherches sur le fa d’un jeune chercheur de Dijon, Marie George Viallet. Mise en immersion chez un spécialiste de l’art divinatoire Fa, elle a pu effectuer sa recherche durant un séjour d’une quinzaine de jours. Il en est sorti une thèse que dont on lire des extraits sur le site.

Pendant ce temps, des mémoires de maîtrise et de DEA se préparaient au laboratoire sous la direction du professeur-responsable. Ce sont pêle-mêle les travaux de recherche de messieurs Elomon K. Bertin, Sylvestre Djouamon, Akuesson Tertullien, Michel Yaovi Gbèlèmè, Oladélé Sourou Yayi, Gaston Kaboré, Comfort Capo-Chichi, Justin Sourou Madindé, Blaise Tossou, etc. Les uns y ont obtenu la maîtrise : Sylvestre, Tertullien, Michel Yaovi,

Comfort, Justin, Blaise,  les autres, le DEA : Bertin, Sylvestre, Michel Yaovi, Sourou Oladélé, Gaston,  d’autres encore, la thèse : Sylvestre et Bertin. Avec Gaston Kaboré, un jeune chercheur burkinabè, le laboratoire est entré en relation avec CODESRIA afin d’obtenir une bourse ; cela a été concluant, mais la structure de formation et de recherche n’a pas bénéficié de la part qui lui revenait de droit dans ce marché, monsieur Kaboré étant reparti dans son pays avec les ouvrages acquis.

Mais le laboratoire a continué d’exister de façon virtuelle. Des mémoires de maîtrise et de DEA ont été dirigés et soutenus. Ce sont les travaux de Virgile Dossa, de mademoiselle Estella Clotilde Houngnihin,etc.

Le laboratoire a édité et distribué les notes de cours du professeur Bogniaho avant de tomber en léthargie en 2006 faute de chercheurs. Par un travail assidu dans les enseignements de littérature orale par les professeurs Bogniaho et Mahougnon Kakpo a fini par créer un engouement chez les jeunes pour cette discipline. A telle enseigne que le laboratoire renaît en 2016 avec l’inscription dans la formation de la maîtrise d’une trentaine de jeunes chercheurs.

Enfin, tout récemment, le laboratoire a réalisé une consultance pour maître Adrien Houngbédji, président de l’Assemblée nationale du Bénin sur l’éducation sous le Bénin de la révolution. Il espère obtenir d’autres marchés dont la prospection est en cours.

Une équipe de recherche et de formation en plein essor

Cette équipe comprend trois catégories de chercheurs : les chercheurs-séniors, les chercheurs-juniors et les chercheurs-cadets.

Les chercheurs-séniors

Ascension Bogniaho

Bertin K. Elomon

Les chercheurs-juniors

  • Oladélé Sourou Yayi

  • Comfort Capo-chichi épouse Ahamidé

  • Blaise Tossou

Les chercheurs-cadets

  • Paul Gildas Togni

  • Ferdinand Sourou Missenhoun

  • Ibrahim Maïnansim

  • Saturnin Daa Houndogbanon

  • François Guidadé

  • Venceslas Vito

  • Divic Nara Kassa

  • Eulodie Coba

  • Franck Dossa

  • Jérémie Mèkonou

  • Williames Noutaï

  • Ignace Kpoviéssi

  • Blaise Djovitou

  • Mariano Hounton

  • Andromaque Agli

  • Alain Noudakou

  • Franck Ahomlanto

  • Lydie Conforte Dangboé

  • Carine Zohoun

  • Mariame Gouta

  • Hermione Flacandji

  • Emmanuel Hounkonnou

  • Durak Abéni

  • Belmi Amoussou

  • Pierrot Akodjènou

Parmi les chercheurs-juniors, Comfort est inscrite pour un DEA avec un sujet de dialectologie centré sur les religions endogènes tandis que Oladélé est en train de finir sa thèse sur un rite important du Bénin : l’Oro. Les chercheurs-cadets préparent tous un mémoire de maîtrise. Tout se fait sous la direction du professeur ascension Bogniaho.